“Dans les premiers jours de leur arrivée sur le territoire, certains migrants ont connu la rue, d’autres l’intérieur exigu et inconfortable d’un véhicule, seul ou en famille. Le besoin d’être en sécurité pour dormir est vital pour celles et ceux dont les démarches le plus élémentaires du quotidien demandent des efforts disproportionnés. Lors d’une illégal, le lit est l’élément mobilier qui suscite le plus d’attention et la chambre est souvent la seule pièce à vivre, parfois à partager dans la promiscuité la plus totale. La mise en scène évoquant le sommeil, dans un abandon total à l’acte photographique, cherche à traduire le sentiment de fatalité et de vulnérabilité dans leur parcours. Il est aussi une protection pour le sujet photographié dans une situation administrative sans cesse remise en question. Cette construction de l’espace interne de la photographie joue sur la relation entre visible et invisible et cache partiellement la figure humaine et le sens de l’image. “
Sylvain Courros est un photographe français né à Bordeaux en 1973. Formé à l’université de Perpignan en Licence Professionnelle Journalisme et Presse, ses projets s’inscrivent dans le champ du documentaire. Arpenter le terrain est la condition nécessaire pour révéler un regard singulier. La relation entre l’humain et son environnement est au centre de ses travaux, dont la présence dans ses images, comme son absence, reste une énigme. Sa démarche s’appuie sur le besoin de questionner le monde. Il se tourne naturellement vers les espaces en tension dans lesquels l’activité humaine est remise en question. À partir de 2021, il s’attache à révéler ce qui semble être devenu invisible, quand la grande précarité est symptomatique d’une société en rupture avec le devoir d’assistance. Une démarche sous la forme d’un témoignage qui recèle une valeur éthique et politique. En 2024, dans la suite de la restitution de la série « Ici La Plage », une installation d’envergure produite par la Direction Générale des Affaires culturelles, durant le mois de la photographie de la ville de Bordeaux, rassemble, sous la forme d’un « État des Lieux », ses travaux qui traitent de la précarité de logement.