“Comment l’intimité nouée avec le sujet façonne-t-elle une écriture photographique singulière ? En s’affranchissant du simple constat documentaire, le projet explore la dialectique complexe entre distance éthique et implication sensible. Chaque série présentée témoigne d’une quête de la « juste proximité », où l’immersion devient le moteur d’un langage visuel adapté à la vulnérabilité des parcours. Le collectif CONTEXTE invite à repenser le regard porté sur les marges, transformant l’observation sociale en une  expérience partagée, à la fois intime et universelle.”
En avril 2026, les habitants de la métrople bordelaise, les amateurs et les professionnels de la photographie, découvriront les travaux exposés dans le cadre du Mois de la Photo de la ville de Bordeaux à travers les manifestations organisées, entre autres, par Itinéraires des Photographes Voyageurs, FotoHaus ParisBerlin>FotoGroup, l’association Cdanslaboite et bien d’autres. Quand elle ne peut changer le monde, la photographie permet d’éveiller la faculté d’observation nécessaire à la prise de conscience. Les photographies d’Armandine Penna, Samir Maouche et Sylvain Courros s‘attachent à révéler ce qui semble être devenu invisible.
Avec le soutien de la Direction Générale des Affaires Culturelles de la ville de Bordeaux, le collectif CONTEXTE invite les photographes Armandine Penna, Samir Maouche et Sylvain Courros à investir le site de DARWIN Écosystème et le parc aux Angéliques, marqueurs territoriaux connus de tous.
Le collectif propose une installation composée de collages muraux de très grands formats, d’une exposition dans la Galerie Sauvages, de projections et d’une installation photographique sur une structure bois dans le parc aux Angéliques, dans d’une scénographie pensée pour toucher le plus grand nombre. 
Le vernissage aura lieu dans la galerie le mercredi 1 avril de 18h à 21h en présence des photographes.
Une table ronde animée par Wilfrid Estève, président de l’agence Hans Lucas et co-fondateur du festival photo Face à la Mer de Tanger, aura lieu à par tir de 15 h jusque 17h en présence des photographes pour échanger autour de la posture du photographe dans la documentation des parcours de vies précaires. Il sera assisté du journaliste Jean Rémond, journaliste et co-fondateur du collectif CONTEXTE.
SI TU M'APPRIVOISES - ARMANDINE PENNA
“Elle survit, sans affection, sans revenus, sans soutien éducatif, sans formation et sans perspective d’avenir... sans limites non plus, un pied dans la liberté et l’autre dans la délinquance. Mais avec toute sa force de vie, elle crie son besoin d’être aimée. La particularité de Sonia, c’est de s’apaiser en prenant soin d’animaux auxquels elle s’identifie : chiens maltraités, chats de gouttières, pigeons blessés et chevaux boiteux. Elle préfère leur compagnie à celle des hommes. Elle les recueille, les écoute et les caresse. Elle les apprivoise.”

Après des études à Sciences-Po Lyon et une formation à l’école de journalisme de Strasbourg, Armandine Penna part travailler en free-lance au Maroc. Elle s’intéresse en particulier aux migrants traversant la Méditerranée et obtient en 2005 le Prix Lagardère pour une enquête au Nigeria sur la filière de prostitution vers l’Europe. Sur le terrain, elle s’initie progressivement à la photographie. De retour en France, elle s’installe à Nantes où elle devient journaliste spécialisée sur le secteur social et fait des reportages aussi bien à la plume qu’à l’image. Depuis 2019, elle développe en parallèle des projets photographiques documentaires au long cours. Elle travaille en immersion dans l’univers de personnes vivant près de chez elle, abordant à travers des monographies intimes et poétiques les thématiques de la transition vers l’âge adulte, de la construction identitaire et de la précarité des conditions de vie. L’ensemble de son travail est guidé par sa volonté de visibiliser des personnes exclues de la société. Depuis 2020, elle va plus loin dans cet engagement en tant qu’intervenante de L’œil parlant. Dans une démarche de photographie participative, elle permet à des personnes fragilisées de s’exprimer, reprendre confiance et contribuer à un plaidoyer.

RANA FIHA - SAMIR MAOUCHE
“Loin de l’Eldorado imaginé, le quotidien des harraga, ces jeunes algériens migrants clandestins ayant traversé la Méditerranée pour rejoindre la France, est fait de survie. Le harcèlement de la police, l’errance, les nuits dans les squats comme ultime solution pour dormir, les petits trafics, le décalage entre l’espoir du départ et la violence du réel produisent une profonde désillusion. Les rêves s’effritent, les trajectoires se figent, et l’exil devient un état permanent plutôt qu’un passage.”

Samir Maouche est un photographe né en Kabylie (Algérie). Il s’est installé à Paris au début de l’année 2020. Ingénieur commercial de formation, il s’initie à la photographie en autodidacte depuis l’adolescence. Il a effectué en France une formation longue intitulée développer un projet documentaire assurée par l’agence VU’ et encadrée par Guillaume Herbaut. Il obtient ensuite le diplôme de reporter photographe et photojournaliste documentaire à l’Ecole des Métiers de l’Information de Paris. En 2022, il fait partie des cinq photographes sélectionnés pour la troisième édition du mentorat du fonds Régnier pour la création et de l’Agence VU’. Sa série « Trois amis qui ont fui, trois amis sans pays » réalisée sous le suivi de Guillaume Herbaut a été exposée à la Galerie VU’ en 2022. La même année, il est finaliste du prix Marc Grosset-Saif avec sa série “Rana Fiha” à Paris, exposée en parallèle aux Promenades photographiques de Vendôme. Série qu’il a poursuivie en 2023 dans le cadre du mentorat du fonds Régnier pour la création et de l’Agence VU’. Son travail est projeté à La Nuit de l’Année au festival des Rencontres d’Arles en 2024, et il est finaliste du prix Mentor de Free Lens en 2024.

DANS MES RÊVES - SYLVAN COURROS
“Dans les premiers jours de leur arrivée sur le territoire, certains migrants ont connu la rue, d’autres l’intérieur exigu et inconfortable d’un véhicule, seul ou en famille. Le besoin d’être en sécurité pour dormir est vital pour celles et ceux dont les démarches le plus élémentaires du quotidien demandent des efforts disproportionnés. Lors d’une illégal, le lit est l’élément mobilier qui suscite le plus d’attention et la chambre est souvent la seule pièce à vivre,  parfois à partager dans la promiscuité la plus totale. La mise en scène évoquant le sommeil, dans un abandon total à l’acte photographique, cherche à traduire le sentiment de fatalité et de vulnérabilité dans leur parcours. Il est aussi une protection pour le sujet photographié dans une situation administrative sans cesse remise en question. Cette construction de l’espace interne de la photographie joue sur la relation entre visible et invisible et cache partiellement la figure humaine et le sens de l’image. “​​​​​​​

Sylvain Courros est un photographe français né à Bordeaux en 1973. Formé à l’université de Perpignan en Licence Professionnelle Journalisme et Presse, ses projets s’inscrivent dans le champ du documentaire. Arpenter le terrain est la condition nécessaire pour révéler un regard singulier. La relation entre l’humain et son environnement est au centre de ses travaux, dont la présence dans ses images, comme son absence, reste une énigme. Sa démarche s’appuie sur le besoin de questionner le monde. Il se tourne naturellement vers les espaces en tension dans lesquels l’activité humaine est remise en question. À partir de 2021, il s’attache à révéler ce qui semble être devenu invisible, quand la grande précarité est symptomatique d’une société en rupture avec le devoir d’assistance. Une démarche sous la forme d’un témoignage qui recèle une valeur éthique et politique. En 2024, dans la suite de la restitution de la série « Ici La Plage », une installation d’envergure produite par la Direction Générale des Affaires  culturelles, durant le mois de la photographie de la ville de Bordeaux, rassemble, sous la forme d’un « État des Lieux », ses travaux qui traitent de la précarité de logement.
Back to Top